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Faisons comme prévu.

par Lau 30 Mai 2013, 08:08 Etats-Unis

Ca fait un peu longtemps qu’il n’y a pas eu d’épisodes marrants, alors laissez moi vous raconter mon week end si vous aimez les situations absurdes.

En fait, je ne savais pas quoi faire pour ce week end de 3 jours car tous mes amis frenshies prévoyaient de partir à Los Angeles, où je suis déjà allée furtivement, mais bien assez pour ne pas refaire 13h de route.

Donc, je me renseigne sur les parcs que je peux aller voir dans la région, il y a pas mal de choix, j’opte pour Lassen Volcanic, un parc dans un volcan qui apparemment vaut le coup et des randos sympa dans les parcs voisins, dans la région de Shasta , en passant par Sacramento. Mais bon je ne peux pas y aller seule, randonner seule au milieu des ours et des « poison oak » sachant que je me perds même dans ma chambre, non merci. Je sollicite donc toutes mes nouvelles connaissances de la région mais personne n’est disponible.
Pendant que nous entamons notre deuxième repas gratuit de la semaine alors qu’on est mardi, avec Raf, je demande aussi aux convives mais personne n’est partant. Et oui , il s’agissait d’une invitation sur Couchsurfing ,à partager un repas avec un allemand qui habite Berkeley, et deux irlandaises, à deux pas de chez moi, alors on est allé quoi. Il était un peu bizarre l’allemand. Mais en fait, il nous invitait car il avait des repas à finir sur sa carte avant de partir. En fait il n’est pas bizarre selon Raf, pas bizarre du tout, très gentil !! Bon, à part quand il ne répond pas aux questions à part yes. No. Yes. No. Passons, les irlandaises sont vraiment cool et vont bientôt travailler dans un glacier où on pourra encore venir manger gratuit.

Couchsurfing, c’est le site internet communautaire où on se met en contact avec des voyageurs pour qu’ils nous hébergent gratuitement dans leur canapé et si on a de la chance nous fassent visiter la région. A part ça, il y a aussi des tonnes d’évènements organisés pour connaitre la ville et rencontrer des gens. Comme je vous l’ai déjà dit, pour l’instant on en a une bonne expérience avec Raf. Enfin surtout lui, il est hébergé gratuitement pour trois mois par l’homme que l’on surnomme « son papi ». Bien sûr au début toute la famille a bien cru à un mauvais plan, mais finalement il est plutôt normal (il parait) et surtout plutôt très gentil et serviable, tellement que Raf n’a même pas eu à se dépatouiller avec le métro en arrivant à Berkeley car quelqu’un était là pour le chercher à l’aéroport, et même lui acheter un téléphone.

TOUT CA POUR DIRE QUE j’ai posté mon plan de week end sur Couchsurfing pour trouver des co-voyageurs.

Bonne ou mauvaise idée ? Je ne sais toujours pas.

Une fille me répond, haa c’est une fille que je connais d’un évènement précédent dans un bar, chouette !
Ensuite une autre fille, qui a une voiture, et qui rêve de visiter la grotte de Shasta, parfait !
Puis un papi… Rien sur son profil, il a une voiture aussi, et une tente. On mange une glace avec une des filles pour parler du voyage, et on hésite. La météo n’est pas bonne, les sentiers sont fermés à cause de la neige, et on a peur du papi. Mais finalement le papi est peut être juste super gentil comme celui de Raf,« <Let’s stick to the plan », elle dit, « let’s stick to the plan ». Phrase importante car à partir de ce moment rien ne va plus sticker to the plan du tout.

Donc, on conserve le plan et on prend la voiture du papi car l’autre c’est plus compliqué. On se rencontre tous samedi matin à 8h dans un endroit qu’aucun de nous quatre ne connait, et on arrive tous les 4 en retard, mais à la même heure.

On prend la route, et en profitons donc pour faire connaissance. Je suis à l’arrière avec Audrey, le courant passe très bien, je deviens tout d’un coup pipelette en anglais, inédit ! Les deux filles, Audrey et Avery, sont sympas et rigolotes, le papi est tout petit et barbu, il parle à voix très basse avec un accent ukrainien, et se tortille quand il conduit du fait de sa taille.
Après quelques dizaines de dizaines de miles, la ronde des questions : « pourquoi t’es tu inscris sur couchsurfing ? »
Le papi répond en dernier, mais il répond : « car on me l’a conseillé. » Hunhun ? « Oui, mon ex femme me l’a conseillé pour que je rencontre quelqu’un d’autre ». Gros blanc, Avery y va franco : Tu sais, Couchsurfing est une grande communauté de voyageurs qui se rencontrent pour passer du bon temps ensemble, s’entraider et se faire des amis, mais ce n’est pas un site de rencontre, ce n’est définitivement pas un site de rencontre. Laura et moi, Audrey et moi, Laura et Audrey ne sont pas là pour sortir ensemble. » Puis elle nous envoie des clins d’œil. Moi, je suis sous le choc, okay, pourquoi pas, mais pourquoi avoir choisi un week end avec des jeunettes ? Je le classe donc dans la catégorie gros dégueu et n’est plus trop envie de partager des choses avec lui. Il reçut aussi ce à quoi il devait s’attendre, être un peu isolé de nos délires et devoir subir nos caprices. On s’arrête à Sacramento ! Prend une photo de nous ! Haha !

On se rend compte qu’il ne peut pas prendre de photos de nous. Pour la première photo, il me prend avec la boîte aux lettres sur ma droite et Avery n’est même pas dans le cadre. Non, de NOUS ! ok, mais il ne prend pas le décors avec, il fallait préciser…

Nous reprenons la route et tout d’un coup le papi se rappelle qu’il n’a pas fait l’essence. Je regarde par-dessus son épaule, le nombre de kilomètres restant est écrit en gros en chiffres analogiques depuis le début. Bon, là en l’occurrence il est écrit 10 et nous sommes au milieu des pins.

Après une petite frayeur et une station trouvée, nous roulons jusqu’à une cascade assez connue, Les Burney Falls Il essaye encore de prendre des photos de nous, mais nous prend avec le sentier plutôt qu’avec la cascade. Sur la berge, il se prend pour un photographe en s’allongeant par terre en prenant des pauses bizarres, et en disant « encore une, plus à gauche, voilà ». Les photos ne ressemblent à rien. Je pense qu’il essaye juste de nous impressionner. Nous commençons à ne plus trop lui adresser la parole, moi car seule sa présence me rend mal l’aise, et Avery car elle a parlé avec lui durant tout le trajet et dis qu’il est devenu bizarre, et que le faire parler l’encouragerait dans sa « bizarrerie ». Il essaye quand même de se mêler à la conversation : « Tu sais, au musée où on est passé il y avait une description de la machine à écrire, tu aurais pu regarder vu que tu aimes les sciences, c’est intéressant de comprendre comment marchent les choses. Et tu pourrais participer à la conversation avec Avery, nous parlons de philosophie, ça pourrais te servir d’écouter » Ce n’est pas parce qu’il se dit prof de physique qu’il va me dire ce que je dois apprendre ! Je commence déjà à ne plus le supporter. Mais il semble bien s’entendre avec Audrey.

Avery veut prendre des photos, mais c’est moi qui les prend cette fois J Ca ne me dérange pas, mais j’en prends au moins 5 à chaque fois. Non mes cheveux ne sont pas bien. Non je suis pas belle. Non on voit pas mes pieds. Haha, mais je l'aime bien.

Sur la route du retour, nous passons au milieu de jolies forêts de pins et des maisons style Western, je demande à ce que l’on s’arrête prendre des photos. Le papi continue mais s’arrête un peu plus loin quand on est plus dans la forêt mais dans un champ. Ca ne dérange pas Avery qui veut encore prendre plein de photos seule avec le champ, puis avec les vaches, puis avec la route, puis allongée sur la route.

Le papi s’impatiente. « Je ne veux pas conduire la nuit, c’est trop dangereux », il dit.

Nous arrivons à l’hôtel, il y a quatre places sur les lits mais nous décidons d’un commun accord que l’un d’entre nous dormira par terre, et le papi se dévoue. Il insiste encore avec des sous entendus comme « Si vous devez vous décider, faites le mais vite ! » que personne ne comprend à part lui car cela n’a de rapport avec rien du tout, vu que la décision a été tranchée deux heures avant et par lui-même. Il veut nous faire manger du fromage, du chocolat, du café et une « boisson magique » au gingembre qu’il a ramenée. S’il n’avait pas dit boisson magique j’aurais pu croire à de la pure gentillesse. Et il ne comprend pas pourquoi je ne veux pas de fromage alors que je suis française. Nous profitons qu’il soit occupé avec son fromage pour aller manger au resto thaïlandais entre filles. Ouf ! Nous laissons le temps passer car nous ne voulons pas rentrer. Les filles se moquent bien de mon accent français mais je trouve ça marrant, la façon dont elles l’imitent. « Can you stop the wind ? » Hahahaha , et oui j’ai demandé d’arrêter la ventilation mais la serveuse n’a pas compris de quoi je parlais, car je parlais du vent.

Le lendemain matin, je dois préparer les plans de la journée. Apparemment c’est mon job car je reçois la question au moins toutes les 20 min, et cela toute la journée. Mais personne ne les respectent mes plans, surtout l’heure du réveil. On demande aussi au papi ce qu’il veut faire ou si ça lui convient mais il ne veut surtout pas prendre parti, il dit toujours « Moi, je conduis ».

Il conduit mais Avery le guide pour la route. Okay normal. Mais on se rend vite compte qu’elle le guide aussi pour sortir du parking à chaque fois ou pour rentrer dans une station essence. « Sors du parking »-« gauche ou droite ? »-« Je ne sais pas, sors juste du parking »- « Donne moi juste les directions, mais je t’ai dis simples et claires ! »- « A gauche il y a un sens interdit donc tu peux trouver tout seul la sortie» - « Non, je ne peux pas, je ne peux pas me concentrer de cette façon, ce n’est pas mon état d’esprit ».

Je lui demande quand même si c’est une maladie mais il est vexé. Donc Avery doit le guider dans les moindres détails et ça l’agace. Ca me fait rire jusqu’à ce qu’il heurte la haie de derrière en reculant. Heureusement, c’est un buisson en fleurs et la voiture en est recouverte, mais c’est joli.

Le plus drôle c’est quand Avery lui dit de prendre la prochaine sortie sur l’autoroute. Il met son clignotant et se rabat sur la droite, mais est ramené naturellement sur sa voie d’origine 50 m plus loin car il s’agissait de la voie d'insertion. Il a fait ça deux fois, c’est là que j’ai compris à qui on avait à faire.

Nous arrivons enfin au site où nous pourrons visiter la grotte qu’Audrey voulait voir, près du Lake Shasta. Nous faisons la queue pour les tickets. Le papi me cause « Je paye pour l’essence, tu payes pour l’hôtel, après chacun rembourse… »Je le coupe tout de suite : « Nous payons les tickets séparément, cette fois », il me répond : « Ne sois pas si sérieuse. » Ah ? je pensais donc qu’il avait compris, mais arrivé à l’entrée pour la visite guidée, il n’avait pas acheté de ticket. Il va en chercher un mais ne revient jamais à temps. Il croit ensuite que c’est un complot contre lui pour le mettre à part. Mais même pas.

Après la visite, il nous attend dans la voiture pendant que nous faisons les folles dans les animations pour enfants (dois-je préciser l’âge de mes nouvelles amies ? 29 et 30) Nous jouons à la ruée vers l’or en tamisant du sable et cassons notre propre géode. Ahh elle est belle. Nous reprenons ensuite la route pour faire une rando que je voulais faire dans le Castle Crags National Park. On s’arrête au Starbucks Coffee pour que Avery prenne à boire et c’est la 4 ème fois en deux jours. On s’arrête manger une pizza, mais nous perdons notre temps à partager la pizza petit format et en recommander une autre car on crève encore de faim, etc. Nous arrivons au parc à 16h, autant dire que la rando se transforme en petit sentier de 1 mile.

Nous roulons encore pour voir le majestueux volcan Shasta, les points de vue ne manquent pas mais le papi ne veut pas s’arrêter à part dans un parking lot de Taco Bell d’où on ne voit rien. Il nous refait sont commentaire habituel : « On rentre, je ne veux pas conduire dans le noir, je ne veux pas mourir pour rien… »

Sur la route, il est tellement pressé de rentrer avant la nuit qu’il roule un peu vite. Il ne cesse de regarder dans le rétroviseur, cela m’intrigue et je regarde derrière. La police nous suit et fais plein de lumière pour que l’on s’arrête sur le bord, en nous parlant avec un haut parleur. Nous nous arrêtons, je crois que l’amende est salée. Le silence qui s’en suit dans la voiture pour le retour est pesant, mais reposant. Je suis un peu la fille insensible dans l’histoire mais dans le fond je trouve ça drôle tous les évènements qu’il nous fait voir.

A l’hôtel, il préfère s’essuyer avec ses habits plutôt que d’aller chercher des serviettes à l’accueil, car ils ont oublié de nous en remettre. Je pense qu’il ne sait juste pas comment procéder car il m’avait aussi demandé de l’aider à apporter son fromage au frais dans la salle du petit dej.

Il nous sort son moment déprime. « J’ai passé une bonne journée malgré tout, car j’ai eu ce que je voulais. »- « Mais tu voulais quoi, qu’est ce que tu voulais ?? » les 3 filles en cœur.
« Je sais ce qui fait mal après une rupture, c’est qu’avant, on sentait qu’on avait besoin de nous et d’un coup, plus personne n’a besoin de nous. Aujourd’hui j’ai senti qu’on avait besoin de moi ».
Ah, je me sens encore comme la fille insensible, mais c’est la meilleure de la journée.

Le lendemain, je fais la maman avec le papi comme mes grands parents faisait avec moi quand j’étais ado, n’est ce pas marrant ? « N’oublie pas ton fromage dans le frigo ! » -« Ah on rend les clés ? » -« Oui on ne dort pas là ce soir quand même ! »
Je trouve une brosse à dent sur l’évier. « Tu oublies ta brosse à dent ! »
Puis un short étendu « Tu oublies tout ! »
Mes deux amies se moquent encore de mon accent et détendent l’atmosphère « You forget everything, you forget everything !! Hahaha »

Le « programme » est d’aller au parc Lassen Volcanic se promener sur des volcans en activité, mais on veut s’arrêter une vingtaine de minutes sur le Sundial Bridge qui est sur le passage. Le papi est encore un peu à part de nos discussions quand on cause boyfriends, et disparait.

J’ai mon portable dans sa voiture et je suis la seule à avoir son numéro, évidemment. Nous l’attendons tout de même à la voiture, une heure, je vais le chercher, je ne vois rien, deux heures, je vais le chercher, je ne vois rien. Nous laissons un mot avec un numéro et allons manger au resto le plus proche. Sur le chemin, sur un pont d’autoroute au milieu de nulle part, un homme danse avec une pancarte publicitaire qu’il est surement sensé montrer aux conducteurs, mais la pancarte est illisible avec une telle chorégraphie. Elle virevolte et tombe par terre une fois sur deux. C’est notre dernier fou rire avant d’attendre des nouvelles du papi encore deux heures et penser qu’il est mort dans la rivière. Il revient à 16h, il pensait juste qu’on faisait une rando et que c’est peut être notre punition de dieu pour notre complot d’hier. Il est temps de rentrer car le parc est encore loin…Enfin ça, il ne le sait pas car nous lui proposons de passer le visiter et il dit oui, car il est incapable de calculer qu’il faut 3 h pour rentrer à san francisco et 1h pour aller au parc, donc qu’en fait on a pas le temps avant la nuit. Il ne peut pas non plus calculer ce qu’on lui doit pour l’essence, il donne les tickets à Avery, qui nous dit que c’est $17 par personne. Je lui donne $20 mais il me demande combien il doit me rendre. Je lui réponds « Ahaa ? » mais ça ne l’amuse pas du tout. « Que signifie Ahaa ? Que sous-entends-tu par Ahaa ? » Je lui réponds que rien, rien, ça signifie juste $3. Je me demande c’est vrai qu’il est prof de physique et a écrit un bouquin de philo. Je pense que non.

Je suis quand même très contente de rentrer chez moi. Conclusion du week end : beaucoup de rire, des nouvelles amies, des trucs absurdes à raconter et un commentaire du papi sur mon profile Couchsurfing : « Laura est très gentille, tolérante et enthousiaste ». L’antithèse de ce que j’ai été avec lui vraisemblablement, mais merci. Et sinon oui PROMIS je ne referais plus jamais ça.

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